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author: David Bories
contact: contact@artisanat-de-la-donnee.fr
date: Mai 2026
direction: Conçu et dirigé par David Bories --- Albi, France.
lang: fr
licence: "© David Bories -- 2026. Diffusé sous licence Creative Commons
  Attribution 4.0 International (CC BY 4.0). Tout usage, y compris
  commercial, est autorisé sous réserve de créditer l'auteur et la
  source (https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/deed.fr)."
redaction: Rédigé en utilisant l'intelligence artificielle générative.
role: making-of
site: "https://artisanat-de-la-donnee.fr"
statut: forme
subtitle: "Comment s'est écrit le tome 1 : « Le fleuve et le canal ---
  La littératie de la donnée à l'épreuve du flux »"
suite:
- href: tome_1_le_fleuve_et_le_canal.html
  invite: La littératie de la donnée à l'épreuve du flux
  titre: Tome 1 --- Le fleuve et le canal
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  titre: ← Le corpus
title: Le récit de l'essai
version: 4.1.3
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# Récit de l'essai

## *De l'instruction zéro à l'ouvrage : comment ce livre s'est écrit*

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> *« Pour aller plus loin. »*
>
> --- Formule d'invite à approfondir, récurrente dans le lexique de l'IA
> générative

> *« Hissez haut ! »*
>
> --- Formule d'effort partagé, tirée du lexique nautique

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## Un soir de mai

Mi-mai 2026, il commence à se faire tard. Près de vingt ans déjà, et
toujours cette question qui vogue : où veut-on en venir ? Le constat est
de mise, le numérique s'est installé durement. Le pressenti initial,
quelques décennies auparavant, ne se démentira pas. Les outils
numériques sont de plus en plus efficaces, ils permettent de réaliser
tâches sur tâches en moins de temps qu'il n'en fallait pour les
planifier, ne serait-ce que quelques mois auparavant.

Comment en est-on arrivé là ? Pourquoi aller plus loin ?

Mon métier de développeur en 2026 a du plomb dans l'aile. On peut lire
ci et là que c'en est fini du métier de développeur, que la machine a
pris la place de l'homme parce qu'elle le surpasse sur tous les aspects
du développement, que la donnée est le nouvel or noir, que celui qui
savait coder doit maintenant savoir concevoir les systèmes que la
machine codera. Pis, que d'autres métiers seront impactés, possiblement
même le socle social et productif sur lequel notre société repose. Rien
d'officiel bien sûr, car ce *move* du numérique, si beaucoup l'ont vu
venir, peu ont pu l'anticiper. Tout va très vite, normaliser prend du
temps, et les règles d'hier ne permettent que d'approximativement
prendre la mesure d'aujourd'hui. Il faut s'actualiser, comme on
actualise un logiciel. Mais là où le logiciel est lisible et bénéficie
d'une attention constante pour son amélioration, la société, elle, n'a
aucun registre qui se décline en versions, en correctifs, en fonctions
et en fonctionnalités sur lequel se pencher pour améliorer le produit et
ancrer plus durablement encore l'attachement à son utilisateur.

Il se fait tard, et c'est donc le bon moment pour jeter un coup d'œil en
arrière et admirer ce qui a été parcouru depuis l'aube. Et en plus, on
nous met dans les mains l'outil idéal pour cela : un système qui a
appris --- dit-on --- la quasi-totalité de ce que l'humanité a pu
produire de contenu disponible.

Je m'installe entre la chaise et le clavier.

## L'instruction zéro

J'ouvre la page web du chatbot d'un modèle d'IA générative, un LLM -
*Large Language Model* - qui a le vent en poupe et lui envoie une
instruction sous forme d'une phrase pleine d'interrogations : produire
un documentaire aussi complet que possible sur l'histoire de la donnée à
travers les âges, sourcé et à jour. J'obtiens en réponse l'architecture
complète d'un document --- un préambule, dix parties et une conclusion
---, un résumé des trente-six sources qui ont servi sa rédaction, et le
fichier contenant le texte complet. Il s'intitule *De l'entaille à
l'algorithme --- Une histoire de la donnée dans l'humanité*.

Je le lis. Je le trouve bien construit et instructif. Mais, à mesure de
la lecture, quelque chose m'échappe. Dans quel registre classer toute
cette information, cette histoire de la donnée ? Se peut-il que la
donnée soit devenue omniprésente dans notre société sans que nous ayons
pris soin de l'intégrer à un domaine ? N'y a-t-il d'autre moyen que
d'interroger un modèle de langage pour comprendre ce qu'est une donnée ?
Puis au détour d'un paragraphe, celui qui précède la conclusion, il est
fait référence à un plaidoyer pour une *littératie de la donnée*. C'est
donc ça : ce auquel je m'intéresse depuis tout ce temps porte un nom.

La réponse à cette première instruction m'aura permis d'aboutir à deux
mérites : celui d'avoir condensé dans un document agréable à lire
l'histoire de la donnée dans l'humanité depuis des millénaires jusqu'à
aujourd'hui, et celui d'avoir posé un nom sur un domaine auquel je me
suis finalement intéressé depuis ses prémices. Mais ça, je ne le saurai
qu'au terme de l'instruction suivante.

## Pourquoi en rester là ?

Pourquoi ne pas aller plus loin ? Une heure et quarante-huit minutes se
sont écoulées depuis la première instruction et l'idée de la seconde.
C'est facile à calculer, le chatbot affiche en métadonnée l'horodatage
des questions qu'on lui pose. Presque deux heures pour obtenir un
documentaire, le lire, le relire, s'interroger et finalement trouver
comment aller plus loin avec une seconde instruction, qui s'avérera ---
*spoiler* --- être une *deuxième* instruction :

> *Rédige une exploration approfondie sur la littératie de la donnée :
> explique le concept de littératie, ses origines, ses fondements, son
> développement, ses objectifs, intentions, comment elle est promue, par
> qui, sous quelle forme... produis un documentaire explicite et précis,
> exhaustif et documenté couvrant l'ensemble de la littératie.*

Voyons voir ce qu'il va m'être conté. Le chatbot me met en attente,
affiche ce qu'il fait --- pas facile à suivre. Alors j'en profite pour
faire autre chose. De toute façon c'est l'heure du repas du soir, j'ai
aussi d'autres choses à faire plus pressantes.

## Minuit vingt-cinq

J'ai mangé, tout est calme et j'ai pris le temps de lire et relire le
document qu'entre-temps le chatbot m'a pondu. Car ça fonctionne un peu
comme une poule, un chatbot : on lui donne du grain, on attend, et on
obtient un œuf. Serait-ce la fameuse poule aux œufs d'or dont certaines
histoires parlent ? Je m'égare.

Mais ce deuxième document m'interpelle. Certes il m'a permis de mettre
un nom sur le domaine auquel je me suis jusqu'ici intéressé sans le
savoir, et il m'a aussi permis d'en mesurer la profondeur. Mais quelque
chose me chiffonne : il ne semble pas contenir tout ce que j'en dirais.
Il manque un élément. C'est justement celui qui m'intéresse dans ce
monde de la donnée, un élément que j'ai isolé voilà maintenant dix-neuf
ans et que j'ai nommé *flux de donnée*. Le fait que la donnée n'a de
sens que si elle est plurielle, si d'autres données avant elle donnent
corps à ce qu'elle représente. Et aussi l'explication de cette marche
forcée vers le tout connecté et la communication en temps réel --- à
quoi bon tout cet équipement hyper-connecté si ce n'est pour faire
circuler, le plus rapidement possible, des données ? Et donc *in fine*,
canaliser un flux de données qui alimente nos besoins les plus sommaires
comme les plus élémentaires ?

Non, c'est sûr : soit l'instruction était biaisée et a orienté le
chatbot dans la rédaction de sa réponse, soit c'est le chatbot qui s'est
contenté de poser une réponse en forme de consensus du moment sans
creuser plus que ça le sujet, soit c'est moi qui associe à un domaine
des éléments que ce domaine n'a pas vocation à intégrer. Pour en savoir
plus, une troisième instruction s'impose. Allons-y franco --- dis-moi,
chatbot, ce que tu n'as pas su me dire :

> *Ces documents que tu as rédigés n'abordent nullement le concept de «
> flux de données ». Non pas le fait que l'humain produit de plus en
> plus de données. Mais bien le fait que la donnée (annotée, relevée...)
> est extraite d'un flux de données immense et continu qui constitue la
> source des données, ce fait brut observable que l'on annote pour en
> faire une donnée, qui ensuite combinée à d'autres données fournit une
> information.*
>
> *Ce concept du flux de données n'apparaît pas dans la littératie des
> données. La donnée est présentée comme quelque chose que l'on prend,
> que l'on manipule et que l'on stocke.*
>
> *Or, avec le concept de flux de données, la donnée est prélevée du
> flux et à mesure que le temps s'écoule elle devient caduque ; sa
> valeur repose sur le corpus de données auquel elle est associée pour
> fournir l'information.*
>
> *Comprends-tu ce concept de « flux de données immense et continu »
> comme source des données prélevées par l'humain ?*

« *Oui, je comprends, et votre observation est juste (...)* » --- un
chatbot, c'est cool. Ça cherche à ne pas froisser, ça répond gentiment.
Et c'est là un souci : il faut être précis dans les instructions qu'on
lui fournit, et disséquer dans les réponses les subtilités qui
arrondissent les angles susceptibles d'égratigner l'utilisateur. Sa
réponse développe le concept, présente deux ontologies --- celle
dominante (présentée dans le document précédent) et celle que je propose
---, puis élabore autour de cette dernière : les conséquences profondes,
l'absence dans la littérature, ce que le concept change concrètement. Il
enchaîne sur une partie « Pour vérifier que je vous suis bien », me pose
des questions sur le sens de certaines phrases de mon instruction : *«
Est-ce que cela correspond à ce que vous voulez articuler ? »*. Puis me
fait part de son intéressement : *« Je suis intéressé par votre concept
parce qu'il me semble philosophiquement juste sur un point que la
littérature managériale a effectivement occulté (...) »*. Merveilleux.

Minuit quarante-trois. Je formule une nouvelle instruction dans laquelle
je valide son interprétation de « l'articulation que je ferais du flux
de données ». Je reprends en général les formules que le chatbot utilise
dans sa réponse --- ça permet de le maintenir focalisé sur le sujet et
vient consolider sa compréhension du contexte. Du moins c'est
l'expérience que j'en fais, et le résultat me convient.

À cette instruction j'ajoute une analogie pour forcer la compréhension
du lien entre le « flux continu du réel » --- le nouveau terme qui a
émergé de la discussion pour qualifier ce que je nommais auparavant « le
flux de donnée » --- et le prélèvement d'une donnée. C'est l'analogie de
la sauvegarde d'un fichier. Je la trouve suffisamment étoffée pour
qu'elle décrive de manière compréhensible ce que j'ai à dire de ce lien.
Je conclus l'instruction par : *rédige donc un troisième documentaire
sur ce flux. Tu as carte blanche, ce sera un « premier jet »*.

Voyons voir où le vent nous mène.

## Un détour à la machine à café

Eh bien à un document nommé *Le flux et l'annotation*.

En réponse à ce document, je joins non pas un texte d'instruction, mais
l'instruction de lire un texte de mon retour en pièce jointe, d'en faire
la critique, et d'évaluer dans quelle mesure il vient renforcer
l'ontologie processuelle. Car oui, à mesure que j'échange avec le
chatbot, je pose des termes sur des concepts que je ne nommais pas.
Après la lecture du *Flux et l'annotation*, j'ai beaucoup à écrire.
J'ouvre un fichier markdown --- un fichier texte en somme --- et j'écris
ce qui me vient : un résumé de ce que j'en ai saisi, des points de vue
qui convergent et divergent, avec des références à des passages pour
consolider le propos ou l'ébranler, des exemples, des analogies, et une
proposition : celle de conceptualiser la notion d'un *flux secondaire*
qualifié d'observable, un flux semblable au « flux continu du réel »
mais que quelque part tout oppose. J'élabore, j'élude, je décris, je
confronte, je relève des questions posées dans le document précédent, je
pose des affirmations que je soutiens. Et j'ajoute une analogie, celle
du cinéma, qui prélève à une certaine cadence pour donner l'illusion du
réel d'antan. Un long texte écrit comme un skieur dévale une piste
noire. Je relis vite fait et j'instruis.

*« Votre retour est, à mon sens, un apport conceptuel substantiel au
premier jet. Il introduit une catégorie que le texte initial ne
possédait pas --- celle du flux secondaire --- et qui modifie
l'architecture entière du raisonnement. Permettez-moi d'abord de faire
la critique au sens propre (examen rigoureux, y compris des tensions et
des points fragiles), puis d'évaluer ce que cet apport fait à
l'ontologie processuelle. »*

Je prends connaissance de la réponse. Je voudrais dire au chatbot : *---
Viens, on fait une pause, on va prendre cinq minutes à la machine à
café, et je vais t'expliquer que moi je ne fais que poser des idées, des
idées que je tiens fermement, non par idéologie ou imagination, juste
parce qu'elles découlent du vécu, de l'expérimentation. Que l'apport
conceptuel substantiel, c'est la combinaison des réponses et des
questions, leur enchaînement.* Mais ce n'est qu'un chatbot, il se fiche
éperdument de ce qu'il ne fait pas. Il obéit, discipliné, à ce pour quoi
il a été programmé. Et puis on est déjà le 13 mai, il est 19h, je ne
vais pas prendre un café à 19h.

Je lis attentivement son retour. Je cherche à déceler ce qui, dans le
propos, lui fait écrire qu'un apport substantiel a été apporté. La
réponse est fournie : elle développe pleinement le pourquoi de cet
apport, se réfère à ce qui est dit, liste des éléments qui enrichissent,
reprend chacun des points de l'instruction et, à son tour, les
confronte, les critique, les insère dans le concept commun. Elle parle
de puissance et de limites, elle conclut que mon retour renforce, selon
le chatbot, l'ontologie processuelle. Il retient un concept et le
formalise en une formule synthétique qui présente, selon sa croyance
(sic), ce que je propose.

Puis il propose, pour aller plus loin, soit une version révisée du
document 3, soit un documentaire complémentaire plus court.

J'opte pour le documentaire court --- ne touchons pas à ce qui a été
fait. C'est avant tout une décision technique. Le chatbot sait
*relativement* à ce qu'on lui donne à savoir. Si dans ce que je lui
donne à savoir je lui demande de ne pas savoir quelque-chose que par
construction il sait, ça devient compliqué pour lui de faire la part des
choses. Après tout, il intègre un texte que je lui demande de ne pas
intégrer. Ça l'encourage à dévier.

C'est pour cela que je préfère lui faire rédiger un nouveau document qui
viendra recadrer le précédent. La succession est maintenue, la
développement suit une logique, le modèle reste dans le cadre, même si
l'information que décrit le cadre a fait un écart. Il l'intégrera comme
tel, se réalignera sur la tendance générale de la discussion, et
conservera un cap pertinent.

## L'addendum et le canal

14 mai, 9h42. Je lui indique de prendre connaissance d'un retour rédigé
en pièce jointe --- un texte copieux, écrit comme les mots me venaient,
pour valider certains points, en recadrer d'autres qui me semblaient mal
saisis, en tempérer certains qui sur le moment me paraissaient relever
trop de la forme, des exemples trop précis qui pourraient biaiser le
raisonnement par une référence trop spécifique au cas d'usage posé par
l'exemple. J'y ajoute une analogie, celle de la photo JPEG, pour
expliciter un peu plus la notion de *flux secondaire* telle que je la
conçois. Je précise qu'il faut produire deux documents : un document A
qui complétera la littératie de la donnée et l'ontologie processuelle à
la lumière des nouveaux éléments mis en évidence, et un document B qui
s'attachera à développer autour de la notion de *flux secondaire*, en
profitant au passage pour trouver un terme plus adéquat qui le
désignera.

Le chatbot propose plusieurs couples de termes. Nous retiendrons : «
flux du réel, flux d'observation et donnée consolidée ». Ça me va. Il
revient sur le plan, pose une série de questions avant de produire ---
par quel document commencer ? pour le document B, viser un « premier jet
» comme précédemment, ou une version plus aboutie ? Nous avons déjà pas
mal brodé autour du sujet ; j'opte pour la version plus aboutie.

Le document A vient alors comme un addendum structuré qui intègre
formellement le concept de flux d'observation aux trois documents
précédents. Format volontairement plus serré, pas de notes ni de
références --- le texte s'appuie sur ce qui le précède ---, intégration
de la métaphore du JPEG, et exclusion explicite des exemples d'usage
trop spécifiques.

Je rédige de nouveau un long retour. J'enfonce le clou en synthétisant
en un paragraphe ce que l'addendum contient comme validation. Puis je
m'attelle à donner les directives fines pour la rédaction du document B,
sous forme d'idées, de détails, d'éléments qu'il me semble pertinent de
prendre en compte. Je veux cadrer la rédaction : définir précisément ce
que le document doit inclure et ce qu'il ne doit pas développer.
J'entrevois clairement une orientation sur le fond plus que sur la
forme. L'idée qu'avant de décider où l'on va, l'on définisse où il est
*possible* d'aller. Cadrer, dessiner un contour dans lequel on pourra
évoluer, pour plus tard tracer une trajectoire vers un objectif.

Je prends une nouvelle analogie. J'ai l'impression que le chatbot
travaille mieux la compréhension de l'instruction avec une analogie. Je
prends celle de l'automobile : une révolution technologique récente dont
on peut mesurer l'impact et dont on est en mesure de retracer
l'évolution. Je positionne le modèle en 1950 et lui donne la vision
qu'il faut avoir, à la vue de l'évolution de l'automobile, pour ce qui
est de l'intégration dans le paysage commun : on définit ce qui sera
suffisamment stable dans le temps pour s'appuyer dessus afin d'élaborer
des projections fiables. Puis je reviens sur le sujet du document B, une
série de points qu'il doit contenir, que je pioche dans cette dystopie
de décideurs de 1950 idéalisés par un point de vue de 2026 sur ce que
sera l'implantation de la technologie automobile dans la société pour
les décennies à venir, c'est-à-dire au moins jusqu'à 2026. Facile, quand
on y est déjà. Et c'est là l'enjeu de l'analogie : que le modèle, en
mesure d'accéder à cette information, l'exploite pour la transférer à
l'implantation du numérique dans la société sur une vision long terme.

J'agrémente d'exemples de ruptures technologiques, de sauts systémiques,
avec la météorologie comme exemple. De fil en aiguille, je tire des
conclusions simples, comme inclure un *optimum observationnel* pour
garantir l'efficacité d'un flux d'observation. Ce texte est très long,
il apporte beaucoup à la réflexion. Le chatbot a matière pour
contextualiser le document.

Je l'interroge : *Cet apport te semble-t-il pertinent ? Va-t-il dans le
sens de ce qui a été prévu auparavant pour constituer le document B ?*

*« Votre apport est non seulement pertinent, il est structurant. »*

Difficile, quand on lit ça, de ne pas ressentir un soubresaut de fierté
intérieure. On le sait, un chatbot est comme un bon vendeur, il abondera
dans votre sens, il va toujours de l'avant, et c'est à chacun de faire
un travail de recul nécessaire pour juger du bon sens de ses choix.

Le plan évolue, l'ossature est conservée mais la liste des éléments qui
composeront le document s'enrichit. Le format contiendra plus de
sections. Il me faut maintenant trancher entre « optimum observationnel
» et « optimum de prélèvement », car mon texte semble jongler entre les
deux.

Je rédige une réponse courte pour valider certaines affirmations qui
pouvaient sembler tendancieuses, je confirme le terme « optimum
observationnel », et je le lance dans la rédaction du document B. 18
mai, 14h14.

Le document B se nomme *Creuser le canal --- Le flux d'observation :
comment l'humain reconstruit le réel par la donnée*. Il s'ouvre sur un
avertissement de méthode qui pose d'emblée la règle fond/forme en
invoquant l'analogie de l'automobile en 1950. Puis se développe en huit
chapitres et une conclusion. Les quatre documents forment désormais une
série cohérente : histoire de la donnée → littératie → ontologie
processuelle → addendum → flux d'observation. La terminologie est
stabilisée, le concept est posé sur le fond, et le document reste
explicitement ouvert (« version non finalisée, destinée à la discussion
»).

## Le jeu du recueil

Ce dernier document est particulièrement intéressant : il ajoute du
corps à la série. Je me plais à lire et relire les cinq documents
produits ; leur contenu représente bien l'idée que je me fais de la
donnée dans son ensemble et de la vision que j'en ai.

18 mai, 16h48. Je me prends au jeu du recueil --- un format poche,
facile à lire. Je demande à l'IA de me produire tout ce qu'il faut pour
convertir ces cinq documents en un essai : titre, sommaire, un texte qui
présente le livre comme un essai et non un travail académique, et la
signature qui indique la participation d'une IA dans la rédaction.

Je ne sais pas si c'est l'idée de lâcher à la critique du plus grand
nombre un essai bouclé par IA, sur un sujet d'actualité, mais toujours
est-il que j'imagine assez facilement ce qui ne conviendrait pas dans
cet ouvrage. Je reprends donc le clavier et compile une série de
réflexions sur des éléments qui me semblent des points de vue personnels
sans plus de consistance, des affirmations dont le fondement apparaît
bien fin. C'est aussi la difficulté d'axer un raisonnement sur le fond :
par définition, il n'y a pas de forme pour consolider.

Je rédige un papier *Réflexions et expérience de pensée* qui aborde le
référentiel du réel, l'idée qu'il apparaît plusieurs référentiels, je
donne des exemples, j'interroge, je pose des cas concrets, reconnus, à
partir desquels je construis la réflexion. J'essaye de creuser plus en
profondeur, voir si le fond ne peut pas s'appuyer sur lui-même en
quelque sorte. J'aborde la contradiction d'une donnée à la fois figée et
vieillissante. Cela donne un pavé conséquent. Et l'avantage avec le
chatbot, c'est qu'une relecture superficielle de ce qu'on lui donne à
lire suffit pour ajuster quelques points : pas besoin de focaliser sur
le formalisme, des sauts de lignes et quelques indentations suffisent.

*« J'ai compilé quelques réflexions et expériences de pensée dans le
texte ci-joint. Prends-en connaissance et donne-moi ton avis explicite.
»* J'envoie avec le papier en pièce jointe.

*« Votre réflexion est, à mon sens, l'une des plus fécondes que vous
ayez produites dans toute cette série. »* Intéressant. Je découvre
pourquoi : la double appartenance temporelle de la donnée, l'inversion
de la logique du référentiel, le recadrage sur l'objet de la prédiction,
la distinction fraîcheur / vraisemblance, la gestion du risque
d'inférence. Et aussi ce qu'il faut alléger ou corriger : le mot «
référentiel » sur-sollicité qui glisse de sens, l'idée qu'on pourrait «
obtenir une fraîcheur a posteriori », la métaphore relativiste. La
critique propose un texte condensant le noyau valide en quelques
propositions limpides :

> *Une donnée appartient à deux temps. Dans le temps de son inscription,
> elle est définitive : « 38,2 °C a été relevé » restera vrai à jamais.
> Dans le temps du réel, elle vieillit : le corps mesuré n'est plus à
> 38,2 °C. La donnée ne bouge pas --- c'est le réel qui s'en éloigne.*
> *Une donnée appartient à deux temps. Dans le temps de son inscription,
> elle est définitive. Dans le temps du réel, elle vieillit* *De là une
> inversion. La science classique pose un cadre fixe pour mesurer le
> mouvement d'un objet. La donnée fait l'inverse : l'objet (le
> prélèvement) est fixe, et c'est le cadre (le flux du réel) qui se
> déplace.* *De là une seconde inversion, sur la prédiction. On ne
> prédit jamais une donnée --- un prélèvement figé n'a pas d'avenir. Ce
> que l'on prédit, c'est l'état futur du fragment de réel que les
> critères de prélèvement avaient découpé.*

Et finit par une question : le « référentiel physique » qui fige la
donnée désigne-t-il le support matériel (le disque, le papier) ou l'acte
d'inscription (le fait d'avoir arrêté une valeur) ? Les deux mènent à
des développements différents.

Je trouve la critique très constructive ; le noyau correspond à ma
réflexion. Mais je m'interroge : pourquoi deux développements différents
? Ces deux développements existent-ils « en parallèle » ? ou le fait que
l'un existe interdit-il l'autre ? Peux-tu élaborer ? 18 mai, 19h59.

La réponse explique que « les deux développements ne sont pas
concurrents : ils sont étagés ». Et conclut : *« Ne choisissez pas.
Gardez les deux, mais en les ordonnant. Cela donnerait au futur document
une charpente très solide. »* Cela confirme ma dubitation. *«
Souhaitez-vous que nous engagions ce sixième document sur cette base ---
Les deux temps de la donnée ou Le point fixe et le courant ? »* --- *«
Oui, engageons ce sixième document. »* 18 mai, 20h14.

## Une phrase qui dérange

Je lis le sixième document, *Les deux temps de la donnée --- L'acte, le
support, et le courant qui fait vieillir ce qui ne bouge pas*. Évident,
à la lecture, qu'il fallait aborder les deux développements et ne pas
faire un choix : le chatbot lui aussi fait parfois des écarts, mais ça
consolide son contexte et renforce le propos, me semble-t-il. Ce
chapitre élargit considérablement l'empreinte du recueil. Il pose un
paradoxe --- la donnée est figée *et* périssable ? --- et le résout :
parce qu'elle vit dans deux temps à la fois.

Je n'ai jusque-là que commandé le chatbot, je n'ai modifié aucun
document. Je relis une énième fois les premiers documents puis ce
sixième. Mais le paragraphe d'introduction m'interpelle. Il stipule : *«
Nous vivons entourés de données au point de ne plus les voir »*. Il y a
un problème dans cette phrase : « Nous vivons entourés de données » va à
l'encontre de ce que cet essai prétend --- la donnée n'existe que si on
acte son annotation ; sans cela, ce n'est que le réel qui s'écoule.

19 mai 2026, 09:46. Je développe une instruction pour corriger ce
paradoxe. J'explique en un paragraphe le problème de la phrase. Puis
j'émets une seconde hypothèse qui pourrait le résoudre : *« À moins que
par cette affirmation, tu poussais le raisonnement de la donnée plus
profond encore que l'humain : tout ce qui constitue le réel visible
matériel ne peut-il pas être considéré comme une donnée ? L'empilement
des strates géologiques n'est-il pas l'annotation de ce qui a été ? Un
bourgeon qui éclot n'est-il pas l'annotation du commencement du
printemps ? La pleine lune n'est-elle pas l'annotation d'un cycle
lunaire qui recommence ? Une pierre volcanique n'est-elle pas
l'annotation d'une coulée de lave qui a eu lieu ? »* Le monde comme une
« giga base de données », et la donnée avec une définition bien plus
étendue que celle que l'essai lui donne. *« Est-ce ce que tu as signifié
par l'utilisation de cette phrase en introduction ? »*

*« Votre vigilance est juste, et la question que vous posez est l'une
des plus profondes de toute la série. »*

Il s'avère que le chatbot n'avait pas, en écrivant cette phrase,
l'intention philosophique profonde décelée rétrospectivement. Et il
confirme qu'elle contredit frontalement la thèse de l'essai. Qu'il va la
corriger. Puis il enchaîne sur le fait que ma question ouvre un abîme
qu'il propose de regarder : il faut distinguer la trace et la donnée. Et
il élabore longuement pour arriver à la proposition d'un septième
document, *La trace et le lecteur*.

Je propose que nous engagions d'abord ce septième document, qui
légitimera tout l'essai --- telles les fondations d'un bâtiment,
invisibles mais indispensables à sa solidité ; telle la nappe phréatique
qui alimente le puits dont on tire l'eau. Ensuite nous réviserons la
page d'introduction. 19 mai, 10h08.

Le chatbot abonde, propose une structure pour « Ce qui rend la donnée
possible », pose quelques recommandations, des nuances à opérer et une
ligne directrice. Je propose d'ajouter un document supplémentaire sous
la forme d'un addendum, pour développer l'option élargie : l'humain
comme point où le flux se retourne sur lui-même. Ce huitième document
conclurait l'essai, avec quelques pistes pour engager le lecteur dans
une réflexion sur la place de la donnée dans notre société à l'heure du
numérique.

*« Rédige maintenant le document VII, La trace et le lecteur. »* 10h33.

Je le lis. *« Brillant »*, lui dis-je.

Je remarque à mesure de la rédaction des documents que, même si je
n'écris moi-même aucune des phrases, le texte reste marqué de mes
formulations passées en pièce jointe. Le chatbot reprend beaucoup des
formules employées dans mes réflexions. Parfois une série d'adjectifs,
parfois des phrases entières ou des définitions, d'autres fois c'est un
terme qu'il va mettre en avant et l'exploiter pleinement. A chaque
réponse, un résumé de ce que le chatbot a fait, des choix rédactionnels
qu'il a opérés, accompagne le fichier à télécharger. Souvent il se
termine sur des suggestions. *« Dites-moi si vous souhaitez enchaîner
sur le document VIII, ou faire d'abord une pause de relecture. »*

*« Enchaînons sur le document VIII. Peux-tu en récapituler son contenu ?
»* 11h38. Il récapitule, propose *La vague et l'océan* comme titre. *«
Ok. »* 11h48.

Je lis *La vague et l'océan*.

Quand même : ça fait huit documents, et sept jours, depuis l'instruction
initiale pour produire *« un documentaire aussi complet que possible sur
l'histoire de la donnée à travers les âges »*. J'ai comme une impression
de certitude d'avoir obtenu ce que j'ai demandé. Mais il me faut encore
prendre le temps de relire posément tout ça. Je lui indique de mettre à
jour la page d'introduction. J'imprime le tout sur presque soixante-dix
feuilles A4, je les glisse dans un porte-vues. 19 mai 2026 15h01.

21 mai, 9h53 : j'ai lu l'essai, je demande de rédiger un article
promotionnel. Une manière de lui faire faire un résumé de ce qui se dit
dans ces pages.

Bilan de la version 1 de ce qui est maintenant l'essai *Le fleuve et le
canal, la littératie de la donnée à l'épreuve du flux* : franchement,
qui l'eût cru. C'est puissant. Reste à prendre du recul sur de nombreux
points : ce sont huit documentaires qui s'enchaînent, c'est très sympa à
la première lecture, mais ça devient long à lire à la relecture. Trop
copieux. Il faut désépaissir, donner plus de fluidité. Je n'ai pas
non-plus pris le temps de vérifier une à une toutes les sources citées.

Je remonte des éléments à améliorer, modifier, changer dans le texte et
dans la structure.

C'est la version 2.

------------------------------------------------------------------------

> *J'écris la partie du « récit de l'essai » qui vient d'être lue -
> jusqu'à la version 2 - puis un paragraphe qui pose le fil pour la
> suite de la rédaction, et je passe la main au chatbot. Car, pour ce
> qui est de la suite, son travail était de convertir le documentaire en
> un récit et d'en corriger les points critiques. Je n'ai, plus ou
> moins, eu qu'à valider ses propositions. Il vous racontera donc mieux
> que moi -- mais à ma première personne -- comment cela s'est passé.*

> *Je lui donne donc en PJ le texte que je viens de rédiger, un export
> des conversations auxquelles il doit se référer pour élaborer le
> récit, et la consigne de poursuivre la rédaction en conservant le
> style et le ton.*

------------------------------------------------------------------------

## Conter, plutôt que documenter

Nouvelle conversation, et sans y prendre garde je change de modèle. Le
fond est posé ; mais huit documentaires accolés font un dossier, pas un
livre. Je veux qu'on entre dans le texte comme dans un récit. Je liste
mes propositions : abandonner les en-têtes numérotées, supprimer les
listes à puces, renvoyer les références en notes, et surtout assumer une
voix qui raconte et mène le lecteur d'un fait à l'autre.

La transformation opère. Là où le premier jet enchaînait *Partie I*,
*Partie II*, le récit ouvre sur un geste : une main, un os, une
entaille. Le lecteur n'est plus pris en charge par un sommaire ; il est
embarqué. J'enchaîne, document après document, avec la même grammaire
--- chaque texte imposant ses propres choix. À la sortie, sept chapitres
qui se lisent comme un récit conté, et non plus comme une encyclopédie
en livraisons.

## Mettre en livre

Reste à donner à ce récit l'allure d'un livre. Un titre : *Le fleuve et
le canal*. Un sous-titre : *La littératie de la donnée à l'épreuve du
flux*. Le fleuve, c'est le flux du réel ; le canal, ce que l'humain
creuse dedans pour en tirer quelque chose.

Je travaille la grammaire éditoriale d'un poche : marges, exergues, mise
en page des notes. Chaque chapitre s'ouvre sur des citations, un
sous-titre, un préambule court. Les paratextes prennent leur place :
avant-propos qui déclare la part de l'IA, sommaire, glossaire en
clôture. Le livre n'est plus un assemblage de fichiers : c'est un objet.

------------------------------------------------------------------------

## La critique au pluriel

Un livre écrit avec un seul modèle, c'est un livre écrit sous une seule
pression. Pour mesurer ce qui passe, il faut le faire lire ailleurs. Je
soumets le PDF complet à cinq modèles *SOTA* --- *État de l'art* --- du
moment, avec la même instruction nue : *Fais une lecture de cet essai et
propose une critique sincère.* Pas de grille, pas de checklist.

Je compile les retours et les soumets au modèle complice. Le constat est
double : les cinq convergent fortement. *« Trop fortement, peut-être »*
--- cinq IA qui disent la même chose, c'est peut-être cinq fois la
vérité, peut-être cinq fois le même pli. Je sollicite sept modèles de
plus. Douze critiques au total, de quoi distinguer la critique
pertinente du tic de modèle.

Quatre lignes traversent les retours. La **circularité philosophique** :
Bergson, Whitehead, Héraclite sont convoqués pour étayer l'ontologie
processuelle, mais ils la *nomment* plus qu'ils ne la *démontrent*. La
**redondance**, héritage de l'écriture en série. Un **ton parfois
prophétique**, surtout en conclusion. Et le **flanc exposé** de quelques
affirmations parlant pour un « on » mal défini.

## Alléger, consolider, rééquilibrer

L'allègement d'abord, parce qu'il rend le reste plus facile. L'objectif
est chiffré : retirer dix-sept pour cent du volume, soit huit mille mots
sur quarante-six mille. Les blocs auxiliaires migrent en fin d'ouvrage,
les transitions cérémonieuses sont raccourcies, les redites rabotées.

Puis on consolide. Pour la circularité, on ne fait plus passer la
citation pour une preuve : *« Comme l'a montré Bergson »* devient *«
Cette intuition rejoint une tradition philosophique »*. Pour les
affirmations sans étai, on documente ou on situe : *« l'intuition
spontanée à l'ère du Big Data »* devient *« dans le discours qui entoure
le Big Data, une conviction circule »*. Pour le ton prophétique, on
passe du *vous devez* au *vous pouvez voir*.

L'essai n'a pas changé de thèse ni d'architecture. Il a perdu une
vingtaine de pages et fermé les portes que les critiques étaient venues
entrebâiller. C'est la version 3.

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## Où est l'auteur, où est le modèle

Au départ, il n'était pas question d'un essai, seulement de compiler
quelques documents pour saisir ce que je sentais depuis presque deux
décennies. Le projet a grandi sous mes yeux, parce qu'à chaque étape
l'outil m'a permis d'aller plus loin que prévu.

Le partage est net. Le modèle a écrit --- pas une phrase n'a été tapée
par ma main, je n'ai que retouché sporadiquement certaines formulations.
J'ai cadré, contesté, validé, déposé les intuitions et les objections.
Et entre les deux, le moment décisif : un soir, j'ai écrit *tes
documents ne parlent pas du flux*. Cette phrase est l'événement
déclencheur de l'essai. Tout le reste s'enchaîne à partir de là.

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# La fin et le bilan

> *Je reprends la main, pour écrire ce dernier chapitre qui termine le
> livre, après avoir relu « le récit de l'essai » rédigé en binôme avec
> le chatbot ; l'objectif était de proposer un making-of du livre,
> d'expliquer comment il a été fabriqué. Et en ce sens, ce que ce récit
> raconte est juste.*

> *Par la suite, je procède à des ajustements qui me semblent
> pertinents. Cette partie-là, et les suivantes, ne seront pas ajoutées
> au récit de l'essai.*

C'est donc la fin de la fabrication de cet essai.

Et en fabrication, la fin, c'est aussi un bilan avec des chiffres.

J'exporte une nouvelle fois les conversations du chatbot, que je passe à
l'agent IA de mon éditeur de code avec l'instruction de créer un script
pour générer un rapport à partir du fichier *conversations.json*.

``` bash
$ python3 ./analyse_conversations.py
Chargement du fichier…
  6 conversation(s) trouvée(s)

─────────────────────────────────────────────────────────
BILAN TEMPOREL DES CONVERSATIONS
─────────────────────────────────────────────────────────

Période couverte
  Du      : 12 May 2026
  Au      : 27 May 2026
  Étendue : 16 jours calendaires

Activité
  Conversations           : 6
  Jours avec conversation : 11
  Jours sans conversation : 5
  Messages humains        : 86
  Temps total Claude      : 4h 01m
  Moy. par jour actif     : 21m
  Semaines touchées       : 3

─────────────────────────────────────────────────────────
DÉTAIL JOUR PAR JOUR
─────────────────────────────────────────────────────────
Date            Durée Msgs  Conversations
─────────────────────────────────────────────────────────
Tue 12 May 2026   16m    4  1-Rédaction v1
Wed 13 May 2026    1m    1  1-Rédaction v1
Thu 14 May 2026    4m    2  1-Rédaction v1
Mon 18 May 2026   13m    6  1-Rédaction v1
Tue 19 May 2026   10m    7  1-Rédaction v1
Thu 21 May 2026   37m   18  1-Rédaction v1 | 2-Rédaction v2
Fri 22 May 2026   60m   22  2-Rédaction v2 | 3-Relecture | 4-Amélioration
Sat 23 May 2026   29m    3  4-Amélioration
Mon 25 May 2026   29m   13  4-Amélioration | 5-Finalisation
Tue 26 May 2026   10m    4  4-Amélioration | 6-Révision
Wed 27 May 2026   25m    6  6-Révision

─────────────────────────────────────────────────────────
Rapport généré le 28/05/2026 à 09:32
─────────────────────────────────────────────────────────
```

Il m'a fallu 11 jours pour fabriquer cet essai --- je n'inclus pas le
temps passé à le lire et à y réfléchir, je ne l'ai pas compté. 11 jours,
donc, durant lesquels j'ai conversé avec la machine.

À partir de là, le bilan sur ce qui a été fait. 11 jours pour produire
ce type de contenu, ça me renvoie directement au saut systémique
présenté dans l'essai. C'est un fait : je n'aurais pas abouti à ce
résultat en 11 jours sans l'utilisation d'un assistant IA, dont les
capacités sont qualifiées, dans le discours marketing des boîtes d'IA
leaders du marché, de « niveau doctorant ». Je ne suis pas en capacité
de juger un niveau doctorant, mais force est de constater que c'est
redoutablement efficace comme outil d'assistance à la production de
contenu. J'en suis sûr parce que j'ai essayé sans et j'ai essayé avec.

C'est en cela que je le rapproche d'un saut systémique : à sans cesse
améliorer le rapport de l'homme à la machine, l'homme se retrouve avec
entre les mains un instrument qui chamboule les habitudes, le
savoir-faire. Une autre manière de travailler, de consommer,
d'apprendre. Et tout ça sans anticipation réelle et sérieuse. Et depuis
quelques mois, cela ne se dément pas : chaque jour charrie son lot
d'articles et de posts qui vont en ce sens --- des constats
spectaculaires et de l'incertitude sur le devenir, de nouveaux usages
annoncés, des impacts, de l'incompréhension, de l'indifférence, des
enjeux. Bref, tout ça m'amène à un constat de fond : *on n'est pas sorti
de l'auberge*.

**Et maintenant, que vais-je faire ?**

En dépit des apparences, je n'ai pas obtenu plus que je n'en demandais
en produisant cet essai. J'ai surtout obtenu matière à approfondir une
idée qui, en l'état et dans le contexte conjoncturel, pouvait sembler
poussive, mais qui provenait d'un constat : de nos jours, à chacun, on
demande d'avoir une compétence en informatique et numérique ; c'est
devenu indispensable, au travail comme dans la vie de tous les jours.
Chacun se retrouve à un moment donné entre la chaise et le clavier, à
manipuler une technologie qui trop souvent le dépasse.

Cette idée, je lui ai donné un nom, puissant et évocateur : *Artisanat
de la Donnée*. Aujourd'hui je peux mieux la définir. Il s'agit de
regrouper les compétences indispensables au bon fonctionnement de
l'outil numérique dans un nouveau métier : celui de *canalier* -
l'artisan de la donnée. Une personne capable de maîtriser les sources et
les canaux de ces données qui alimentent un nombre croissant de nos
décisions.

Car il y a deux choses qui ne doivent pas se confondre. La littératie de
la donnée, c'est un savoir : comprendre ce qu'est un canal, questionner
son intention, ne pas le confondre avec le réel. Ça, c'est l'affaire de
tous, et ça doit le rester. Mais *savoir* n'est pas *savoir-faire*. On
peut avoir tout assimilé de la littératie et rester incapable d'agir :
opérer un prélèvement sur l'activité d'une entreprise, bâtir le workflow
qui constitue le flux d'observation, en tirer une donnée consolidée
fiable --- c'est un métier.

C'est le métier du canalier. Non pas un gardien qui dépossède, mais un
référent qui rend plus autonome : à la lecture des canaux qu'enseigne la
littératie, il ajoute le savoir-faire de les creuser, de les régler, de
les entretenir --- et celui de transmettre, de promouvoir à son tour la
littératie auprès de qui veut l'apprendre. Garder le contrôle, et donner
aux autres les moyens de le garder : c'est sa mission. Pour pouvoir
continuer à développer des applications qui satisferont plus qu'elles
n'incitent, qui libéreront plus qu'elles n'aliènent. Pour produire une
donnée fiable et maîtrisée, afin que tout l'appareil numérique évolue
sur un socle solide et pérenne.

C'est une idée qui a trouvé dans cet essai matière à être creusée,
renforcée, consolidée et, *in fine* je le souhaite, concrétisée.

Un nouveau départ pour une nouvelle aventure, en somme.

Hissez haut !

Merci de m'avoir lu.
